Ren Han développe une pratique du dessin. Il travaille quasiment exclusivement à la mine de crayon – technique dont il explore méthodiquement les propriétés plastiques. Ainsi ses wall drawings déploient de vastes panoramas oscillant entre paysage abstrait et cartographie. Conçus d’après photographies, ces dessins reprennent le plus souvent un assemblage d’étendus liquides – lacs, rivières, cascades.Le travail du trait renvoie ici à l’idée de mouvement et de fluidité, tandis que les reflets du rendu métallique du graphite évoque une surface aquatique. Si les déplacements du spectateur modifient les reflets du dessin, la perte de notion d’échelle soulignée par l’importance du vide et donc de l’espace négatif, en complexifie la lecture. Les taches que l’on croit contempler forment peut-être un archipel qui ne serait peut-être qu’un estuaire selon que l’on considère l’apparitionmétallisée du dessin ou son absence. Ces différentes problématiques sont parailleurs à l’œuvre dans des formats plus modestes telle une série de miroirs baroques dont Ren Han ne garde que la surface réfléchissante, en optant, cette fois, pour un recouvrement qui est issu de l’application d’un geste répétitif -un trait concentrique donnant une sorte de dynamique introspective à la forme.
S’agit-il de parler de dessin lorsque l’on évoque l’œuvre de Han Ren ? Sommes-nous face à une surface en deux dimensions délimitée par ses marges ou comme tend à le suggérer l’artiste, face à un volume, à de la sculpture. Trois miroirs, ainsi qu’il les intitule, réfléchissent singulièrement la lumière. Ces cadres emplis de graphite contrastant avec la virginité du papier à l’extérieur de leurs contours, dessinent les dignes moulures de miroirs baroques. Ce minimalisme chromatique nous évoquant sans détour le patriarche Malévitch, est en rupture avec la valeur ornementale de ces œuvres. Les traits s’étirent d’un point central vers l’extérieur de la page conférant à la matière un puissant pouvoir réfléchissant mais qui tel un leurre, agit également à la manière d’un trou noir, absorbant l’espace environnant, creusant la surface, annihilant notre reflet, notre présence même.
Pauline Guelaud, chargée de production pour l’art contemporain au Musée du Louvre